Enfants migrants : la vérité sur une situation ignorée

Le nombre d’arrivées de migrants en Italie connait une forte baisse par rapport à l’année dernière. Néanmoins, un autre fait suscite actuellement l’inquiétude : les enfants migrants qui débarquent seuls sur les côtes italiennes.

 

« Des dangers à chaque pas »

Le mardi 14 juin dernier, l’UNICEF a publié un rapport alarmant intitulé « Des dangers à chaque pas ». Ce rapport révèle la situation inquiétante des enfants migrants qui débarquent seuls sur les îles italiennes. Et il y a de quoi s’alarmer car d’après ce rapport, ils ont été 7.009 au cours de ces cinq derniers mois à arriver sur les îles italiennes sans aucun accompagnateur.

En moyenne, neuf enfants migrants sur dix arrivés en Italie n’ont donc pas d’accompagnateur, soit le double par rapport à l’année dernière pour la même période. Sarah Crowe, porte-parole de l’Unicef, a souligné lors d’une conférence de presse à Genève : « La raison pour laquelle nous assistons à cette augmentation n’est pas claire à ce stade et une analyse plus approfondie est nécessaire ».

Or, un enfant seul veut dire sans protection et devra faire face à plusieurs dangers comme les agressions, les exploitations et les abus de toutes sortes. « C’est une situation désespérée couverte par le silence – loin de nos yeux, donc ignorée » a déploré Marie Pierre Poirier, Coordinatrice spéciale de l’UNICEF pour la crise des réfugiés et des migrants en Europe. Mme Poirier a ainsi souligné que « Tous les pays – ceux que ces enfants quittent, ceux qu’ils traversent et ceux où ils cherchent asile – ont l’obligation de mettre en place des dispositifs de protection centrés sur les risques qu’encourent les enfants non accompagnés. Dans l’UE et les autres pays de destination, c’est une occasion de procéder à des réformes politiques et des législations en vigueur afin d’offrir à ces enfants plus de possibilités d’utiliser des voies d’accès sûres, légales et régulières ».

 

Victimes d’exploitations

Mais pourquoi autant d’enfants seuls et où sont leurs accompagnateurs ? L’Unicef évoque deux possibilités : soit ces enfants ont perdu leur accompagnateur durant la traversée ou à leur arrivée sur les îles italiennes, soit ces enfants ont quitté les côtes libyennes volontairement seuls. Si pour les deux cas la situation est dangereuse, elle est particulièrement importante pour ce dernier.

Généralement, les enfants passent par les passeurs pour traverser. Or, il faut payer ! Mais ne disposant pas assez d’argents, ils sont obligés de proposer des services ou travail. Et c’est ainsi qu’ils se retrouvent, dans  majorité des cas, victimes de différentes sortes d’exploitation et abus. Parmi ces enfants, Aimamo, 16 ans, a d’ailleurs révélé l’existence d’une ferme en Libye où il était retenu avec son frère pendant deux mois afin de payer les passeurs. « Si vous essayez de vous enfuir, ils vous tirent dessus et vous êtes morts. Si vous arrêtez de travailler, ils vous battent. C’était exactement comme l’esclavage » a-t-il confessé.

Mais l’horreur ne s’arrête pas là puisque l’Unicef a aussi évoqué des exploitations sexuelles. Selon l’organisation de protection des enfants, les enfants sont forcés à se prostituer et ceci est valable autant pour les filles que pour les garçons. Par ailleurs, d’autres ont été violées et se retrouvent donc enceintes quand elles débarquent en Italie. Et pourtant, ces chiffres risquent de n’être que « la partie émergée de l’iceberg » puisque plusieurs milliers d’enfants migrants non accompagnés sont toujours portés disparus.